Les exploits de l'incomparable Mulla Nasrudin
ou
Histoires-enseignement (soufisme)

NASRUDIN est le personnage central d'une série d'histoires drôles conçues pour illustrer les enseignements d'une école philosophique à l'école soufie. Ces histoires ont plusieurs niveaux de signification. Mais qu'elles soient étudiées pour leur sagesse cachée ou savourées pour leur humour stimulant, elles procurent à tous ceux qui les goûtent un plaisir incomparable et durable.

Les anecdotes qui mettent en scène le Mulla (ou Hodja) circulent dans une quarantaine de langues. Miroir des déformations de l'esprit ou au contraire maître de sagesse, Nasrudin joue tous les rôles : tantôt idiot, tantôt sage, tour à tour courtisan, mendiant, médecin, juge ou maître. Personnage indéfinissable, donc indestructible.

Dans la littérature mondiale, il est peu de héros comiques qui puissent rivaliser avec le Mulla. Né à l'époque médiévale, il continue de faire rire et de «faire voir». Ses mille et une facéties font toujours les délices de millions d'hommes et de femmes, du Maroc à la Chine, de la Sibérie à la Péninsule arabique, en passant par les Balkans. Elles sont prisées en Grèce comme en Turquie, en Inde comme au Pakistan. Nasrudin se fond dans le Joha des Arabes, réapparaît dans le folklore de Sicile et, de façon plus inattendue, aux Etats-Unis où ses histoires légendaires ont servi dernièrement à illustrer des phénomènes scientifiques difficilement explicables dans le vocabulaire technique ordinaire (Rapport sur la Conférence Coral Gables traitant de la physique des hautes énergies).

  1. Plus utile
  2. Le Général Gordon
  3. Il fait plus clair ici
  4. Dans quelle mesure est-il bon d'être loin de la vérité ?
  5. L'idiot
  6. L'usage d'une lampe
  7. Entendons-nous bien
  8. Problèmes de retard
  9. Le vilain tour
  10. Besoins
  11. La foutue barbe
  12. La pauvreté
  13. Entre les deux
  14. Pauvre cobra
  15. Somnambule
  16. Une recette de cuisine
  17. Le gland et la citrouille
  18. Obscurité totale
  19. Les miettes de pain
  20. Qui imitez-vous ?

Plus utile
Nasrudin entra dans la maison de thé, déclamant: "La lune est plus utile que le soleil.".
- Et pourquoi donc, Nasrudin?
- Parce que c'est surtout quand il fait nuit que nous avons besoin de lumière. (retour à la liste)

Le Général Gordon
On raconte cette histoire à propos de la fameuse statue du Général Gordon, monté sur un chameau, qui fut un des monuments de Khartoum. Un petit garçon de trois ans s'en était épris et, chaque jour, au cours de sa promenade, sa nurse l'emmenait "voir le Général Gordon". Le jour vint où la famille dut quitter le Soudan, et la nurse emmena le petit garçon dire au-revoir au Général Gordon. Il resta un long moment immobile, les yeux fixés sur la statue, puis il dit: "Je ne te reverrai plus pendant longtemps, alors : Au revoir, Général Gordon!".
Puis il se détourna de l'homme monté sur le chameau pour demander à sa nurse: "Nanny, quel est celui qui est assis sur le dos du Général Gordon?". (retour à la liste)

Il fait plus clair ici
Quelqu'un vit Nasrudin chercher quelque chose sur le sol.
- Qu'as-tu perdu, Nasrudin?
- Ma clé !, répondit Nasrudin.
Ils se mirent alors tous les deux à genoux pour essayer de la trouver.
- Mais, au fait, où l'as-tu laissé tomber?
- Dans ma maison.
- Alors pourquoi la cherches-tu ici?
- Il y a plus de lumière ici que dans ma maison. (retour à la liste)

Dans quelle mesure est-il bon d'être loin de la vérité?
Nasrudin aperçut des canards à l'aspect succulent qui s'ébattaient dans une mare. Lorsqu'il voulut les attraper, ils s'envolèrent. Il trempa alors un morceau de pain dans l'eau et se mit à le manger. Des gens qui passaient par là lui demandèrent ce qu'il faisait. "Je mange de la soupe aux canards.", répondit le Mulla. (retour à la liste)

L'idiot
Un philosophe qui voulait discuter avait pris rendez-vous avec Nasrudin. Il se rendit chez lui et ne trouva personne. Furieux, il se saisit d'un morceau de craie et écrivit sur la porte de Nasrudin : "Idiot stupide". Dès qu'il fut de retour et qu'il lut ces mots, le Mulla se précipita chez le philosophe: "J'avais oublié, lui dit-il, que vous deviez me rendre visite. Et je vous prie de m'excuser pour mon absence. Naturellement, je me suis tout de suite souvenu du rendez-vous quand j'ai vu que vous aviez laissé votre nom sur la porte." (retour à la liste)

L'usage d'une lampe
- Je peux voir dans l'obscurité, se vantait Nasrudin à la maison de thé.
- Si c'est vrai, alors comment se fait-il que l'on te voie parfois dans la rue, une lampe à la main ?
- C'est juste pour empêcher les autres de se frapper à moi. (retour à la liste)

Entendons-nous bien
Londres, British Museum. Un groupe de touristes, conduit par un guide, visite le département des antiquités égyptiennes.
- Ce sarcophage a cinq mille ans, explique le guide.
Un personnage portant barbe et turban, en qui l'on aura reconnu Mulla Nasrudin, se détache du groupe :
- Tu fais erreur ! Ce sarcophage a cinq mille trois ans.
Les touristes sont impressionnés, le guide se renfrogne.
On passe dans une autre salle.
- Ce vase, dit le guide, a deux mille cinq cents ans.
- Deux mille cinq cent trois, corrige Nasrudin.
- Mais enfin, comment peux-tu assigner une date aussi précise à des objets anciens ? Peu m'importe que tu viennes d'Orient ! Personne au monde ne peut connaître l'âge exact de ces pièces !
- C'est pourtant bien simple : la dernière fois que je suis venu ici, c'était il y a trois ans : tu as dit alors que le vase avait deux mille cinq cents ans. » (retour à la liste)

Problèmes de retard
Le quadrimoteur était en difficulté. La voix du commandant de bord, transmise par les haut-parleurs, retentit dans la carlingue :
« Un de nos moteurs a des ennuis, mais l'appareil n'est pas en péril. Cela entraînera un retard de cinq minutes puisque nous volons désormais avec trois moteurs. » La nouvelle alarma quelque peu certains passagers. Le mulla, qui était du voyage, leur prodigua des paroles de réconfort :
« Cinq minutes, mes amis, cela ne change pas grand-chose à l'affaire. »
Sur quoi, le calme revint. Peu après, la voix du commandant retentit de nouveau :
« Un deuxième moteur a des problèmes. Nous pourrons nous débrouiller avec deux moteurs, mais nous atterrirons avec une demi-heure de retard. »
L'annonce provoqua un malaise, mais encore une fois le mulla prit les choses en main :
« Après tout, ça ne fait qu'une petite demi-heure ! Qu'est-ce que c'est, hein, dans toute une vie ? Mieux vaut ça que d'aller à dos d'âne ! »
La philosophie nasrudinienne eut un effet apaisant sur les passagers anxieux, qui se calèrent dans leurs sièges.
Trois-quarts d'heure à peine s'étaient écoulés quand la voix du pilote se fit de nouveau entendre :
« J'ai le regret de vous informer qu'un troisième moteur est tombé en panne. Nous arriverons à destination avec une heure de retard.
« J'espère, dit Nasrudin, que le quatrième moteur ne va pas tomber en panne à son tour, autrement nous allons rester en l'air toute la journée ! » (retour à la liste)

Le vilain tour
Un plaisantin défia Nasrudin à la maison de thé :
- On dit que tu es très astucieux. Eh bien, moi, je te parie cent pièces d'or que tu ne m'auras pas !
- Je t'aurai. Attends-moi, je reviens, dit Nasrudin en se dirigeant vers la porte.
Trois heures s'écoulèrent. Le parieur attendait toujours Nasrudin de pied ferme, prêt à déjouer ses stratagèmes. Il finit par admettre que celui-ci l'avait bien eu. Il se rendit chez le mulla, muni de l'enjeu qu'il avait engagé. Nasrudin était allongé sur son lit, cherchant quel mauvais tour il pourrait jouer au plaisantin. Celui-ci laissa tomber le sac d'or par la fenêtre et s'éloigna. Nasrudin entendit le tintement des pièces ; il trouva le sac, compta l'or, courut chez sa femme.
- Bon ! lui dit-il, le sort m'est favorable : il m'envoie la somme que je devrai verser si je perds le pari. Il ne me reste plus qu'à trouver un moyen astucieux de me payer la tête de ce plaisantin, qui doit m'attendre impatiemment à la maison de thé. (retour à la liste)

Besoins
Le mulla surgit de la mosquée. Un mendiant, assis contre un mur, lui demande l'aumône.
Nasrudin : Es-tu dépensier ?
Le mendiant : Oui, mulla.
Nasrudin : Aimes-tu rester tranquillement assis à ne rien faire d'autre que boire du café et fumer ?
Le mendiant : Oui.
Nasrudin : J'imagine que tu aimes aller chaque jour aux bains.
Le mendiant : Oui.
Nasrudin : Peut-être aussi aimes-tu t'amuser et, qui sait, boire avec tes amis ?
Le mendiant : C'est vrai que j'aime tout ça !
« Allons donc ! » dit Nasrudin en lui donnant une pièce d'or.

Un second mendiant, installé à quelques mètres de là, a surpris la conversation. Quand Nasrudin arrive près de lui, il tend la main avec insistance.
Nasrudin : Es-tu dépensier ?
Le mendiant : Non ! mulla.
Nasrudin : Aimes-tu rester tranquillement assis à ne rien faire d'autre que boire le café et fumer ?
Le mendiant : Non !
Nasrudin : J'imagine que tu aimes aller chaque jour aux bains.
Le mendiant : Non !
Nasrudin : Peut-être aussi aimes-tu t'amuser et, qui sait, boire avec tes amis ?
Le mendiant : Oh, non ! Tout ce que je veux, c'est vivre pauvrement et prier.
Le mulla lui tend une toute petite pièce.
« Mais pourquoi, pleurniche le mendiant, me donnes-tu à moi, homme économe et pieux, un malheureux sou, alors que tu as donné un souverain à cet individu dépensier ?
« Ah ! réplique Nasrudin, que veux-tu ! Tu as de petits besoins. Lui a de grands besoins ! » (retour à la liste)

La foutue barbe ...
Mulla Nasrudin avait été absent pendant quelque temps, et un jour, il revint en ville avec une longue barbe. Bien entendu, ses amis le taquinèrent et lui demandèrent comment il s'était procuré ce morceau de fourrure. Le Mulla commença à se plaindre et à maudire cette barbe sans mâcher ses mots. Ses amis furent surpris par sa façon d'en parler et ils lui demandèrent pourquoi il la gardait, s'il ne l'aimait pas.
« Je déteste cette foutue barbe ! » leur dit le Mulla.
« Si tu la détestes, pourquoi est-ce que tu ne te rases pas ? » demanda un de ses amis.
Une lueur diabolique brilla dans les yeux de Mulla lorsqu'il répondit, « C'est parce que ma femme la déteste aussi ! » (retour à la liste)

La pauvreté
Etant tombé dans une grande pauvreté, Nasrettin vient chaque jour, depuis plusieurs semaines, se prosterner avec respect devant un vieux pan de mur, puis il s'écrie :
- Ô toi, je t'en prie, prête-moi mille dinars !
On se dit que le Hoca a définitivement perdu la raison.
- Allons, finit par venir lui dire un de ses amis, cesse de te ridiculiser. Tu ne crois pas tout de même que ces pierres vont accéder à ta demande !
- Tu me prends pour un idiot à ce que je vois...
- Mais pourquoi viens-tu alors ?
- Je suis très pauvre, tu le sais, et j'essaie de m'habituer peu à peu aux refus. (retour à la liste)

Entre les deux
Tout l'après-midi, Nasrettin Hoca s'est promené en compagnie de deux notables de la ville, l'imam et le kadi, mais l'heure est venue de se séparer.
- Tu es vraiment un homme surprenant, remarque le religieux. Parfois on dirait que tu es un filou capable de voler et de duper n'importe qui, et puis, quelques instants après, on croirait avoir affaire à un imbécile.
- Allons, Nasrettin Hoca, sois franc pour une fois, continue le magistrat, dis-nous donc qui tu es en réalité : un escroc, un idiot ?
- Cela dépend, répond le Hoca, mais ce que je peux vous dire tout de même, chers amis, c'est qu'en ce moment je suis
juste entre les deux. (retour à la liste)

Pauvre cobra !
Il y avait une fois un cobra qui vivait dans un champ où il semait la terreur, attaquant et mordant toute personne qui osait traverser son domaine. Vint un jour à passer un savant yogi qui, grâce à la puissance de son mantra, put tenir le serpent à distance. Il en profita pour lui enseigner la non-violence et lui expliqua que tous les êtres étant comme lui d'essence divine il devait respecter la vie. Comme il voyait que le cobra était convaincu et n'attaquerait désormais plus personne, le yogi passa son chemin. Les hasards de ses pérégrinations ramenèrent un jour notre Sage dans les parages du champ où vivait le cobra et, qu'est-ce qu'il y découvrit ? Un pauvre serpent tout efflanqué, plein de plaies, l'oeil terne et la mine morose.
- Que t'est-il arrivé ? demanda-t-il. Comme tu m'avais enseigné la non-violence, je me suis scrupuleusement abstenu de mordre les passants. Pendant un certain temps ils faisaient encore un détour pour ne pas traverser mon champ. Puis bientôt ils se sont aperçus que je n'étais plus dangereux, alors ils ont pris l'habitude de couper au court par ici, puis certains ont commencé par me donner des coups de bâton, ensuite ils se sont mis à me lancer des pierres et finalement ils ont réussi à me mettre dans le triste état où tu
me vois.
- Imbécile, reprend le Yogi, je t'avais interdit de mordre mais pas de siffler ! (retour à la liste)

Somnambule
Au beau milieu de la nuit, badar le veilleur, surprit le mulla en train de forcer de l'extérieur, avec une pince, la fenêtre de sa propre chambre à coucher
- Qu'est-ce que tu fais, Nasrudin ? Tu ne peux pas rentrer chez toi ?
- Chut ! On dit que je suis somnambule ; j'essaie de me prendre sur le fait pour voir ce qu'il en est. (retour à la liste)

Une recette de cuisine
Au salon de thé où nasrudin se trouve en compagnie de quelques amis, la conversation porte sur les recettes et les expériences culinaires de chacun. on se flatte d'originalité et de réussite exceptionnelle. Seul le Hodja ne dit mot.
- Et toi, Nasrudin, lui demande t'on, tu n'as donc jamais inventé une recette ?
- Une fois, répondit-il. j'ai mélangé longuement du pain avec de la neige.
- Du pain avec de la neige ? C'est stupide !
- Oui, et en plus ce n'est pas bon. (retour à la liste)

Le gland et la citrouille
Un soir, étendu sur un grand chêne, Nasrudin philosophe :
- dans quel monde étrange nous vivons! que la nature est mal faite! tout marche à l'envers. tiens, par exemple, pourquoi ce chêne énorme porte-t-il ces minuscules glands pendant de façon ridicule alors que la magnifique citrouille se traîne lamentablement à terre comme une tortue ? À ce moment-là, il reçoit un gland sur la tête.
- Allah est grand! dit-il. (retour à la liste)

Obscurité totale
Au cours d'un voyage, Nasrudin se trouve partager sa chambre d'auberge avec un inconnu. la nuit est sans lune, et il fait dans la pièce aussi noir que dans un four.
- Hé, l'ami !, dit l'homme au moment de s'endormir, j'aimerais bien qu'on allume une bougie.
- Ô croyant ! Comment veux-tu que je sache s'il y en a une ici puisqu'on n'y voit rien.
- Il y en a une. Je l'ai vu tout à l'heure quand l'aubergiste nous a conduits. Elle est à ta droite.
- Mais comment veux-tu que je reconnaisse ma droite de ma gauche dans une telle obscurité. (retour à la liste)

Les miettes de pain
"Nasrudin était occupé à jeter des miettes de pain tout autour de lui.
- Mais qu'est-ce que tu fais ? lui demanda quelqu'un.
- C'est pour empêcher les tigres d'approcher.
- Mais il n'y a pas de tigres par ici !
- Exact !... Efficace, n'est-ce pas ?" (retour à la liste)

Qui imitez-vous ?
Imiter est une habitude courante. Les gens copient les rois ou les sages, selon qu'ils sont snobs ou s'intéressent à la spiritualité (comme ils disent). On approuve ou on raille ce comportement au lieu de noter le facteur commun : le mimétisme. Agir par mimétisme, c'est essayer de ressembler à quelqu'un ou à quelque chose d'autre. Et si vous ressembliez à vous-même, si vous vous sentiez devenir vous-même, si vous étiez vous-même ?
Un sage a dit :
« Dans la vie future, on ne vous demandera pas : Pourquoi ne t'es-tu pas conduit comme untel ?
« On vous demandera :
« Pourquoi ne t'es-tu pas conduit comme ton moi réel ?
« Si vous savez qui et ce que vous êtes, vous pouvez commencer à être cette personne au lieu d'être une copie des idées, du comportement ou de l'image de quelqu'un d'autre ou d'un groupe. Alors vous pourrez vraiment être. »
Le problème principal, c'est que la plupart des commentateurs sont habitués à considérer les écoles spirituelles comme des « systèmes », qui se ressemblent plus ou moins, et reposent sur le dogme et le rituel, spécialement sur la répétition et la mobilisation des disciples par des pressions continuelles et uniformisées. La voie soufie, excepté sous ses formes dégénérées que l'on ne saurait tenir pour soufiques, est essentiellement différente.
Autre idée fausse : il est assez généralement admis que toutes les organisations spirituelles doivent s'appuyer résolument sur l'émotion. Le fait est que même les écrivains les plus lucides confondent spiritualité et émotivité. Dans l'enseignement et l'étude soufis authentiques l'une n'est jamais confondue avec l'autre. (retour à la liste)


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Dernière mise-à-jour le lundi 20 juillet 2009 à 0:12.

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